Le tourisme de Guerre en Irlande du Nord
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Ken Harper et son vieux taxi noir promènent les touristes entre les quartiers unionistes et républicains de Belfast pour raconter ce qu’a été le conflit qui secoua l’Irlande du Nord de la fin des années 60 à 1998.
Le « black taxi » de Ken est une icône de cette guerre civile. Ce genre de véhicule collectif permettait aux républicains catholiques revendiquant le rattachement à la république d’Irlande de rentrer dans leur quartier bouclé par les forces britanniques. Le véhicule traversait sans s’arrêter les rues unionistes, fidèle au rattachement au Royame-Uni. En deux heures, aujourd’hui, Ken montre les murs qui séparent encore les quartiers, passe devant les lieux d’affrontement célèbres ou devant les QG des principales forces combattantes.
Mais le « political tour » de Ken Harper, n’est pas la seule visite guidée alternative de la capitale Nord Irlandaise.
Des combattants devenus guides
D’anciens prisonniers politiques de l’IRA (la branche armée des républicains), regroupés dans l’association Coiste, se sont reconvertis en guide et parlent de leur lutte dans le quartier de Falls, ancien bastion catholique. Ils emmènent aussi les visiteurs autour de la prison de Long Kesh où des milliers de nationalistes ont été incarcérés dans de terribles conditions. C’est là, entre autre, que Bobby Sands, une des figures emblématiques de cette guerre est décédé en 1981 après 66 jours de grève de la faim. La parole directe (et subjective) des anciens combattants apporte une dimension supplémentaire à ceux qui veulent aller au-delà des informations souvent réductrices données par les médias.
Les Unionistes, le camp adverse, organisent aussi des promenades commentées grâce à l’association Epic mais ils sont moins impliqués. Ce sont surtout les républicains qui occupent la scène touristique.
Même si la paix semble solide dans la région, les acteurs de ce conflit ne veulent pas oublier le passer. Ils ont déposés les armes et utilisent désormais la parole pour transmettre leurs messages.
Ce tourisme politique attire des voyageurs du monde entier. La très grande médiatisation de la « dirty war » jusque dans les années 90, les quelques films à succès réalisés sur le sujet (« Au nom du père », « Hunger ») et les tubes de U2 ou des Pogues ne sont pas étrangers à cet engouement.
Des lieux et des images pour revivre l’histoire
A Belfast comme à Londonderry, les promeneurs peuvent retrouver les moments forts du conflit grâce aux fresques très colorées qui occupent des murs entiers de maisons ou de palissades. Ces « murals » sont désormais des symboles urbains incontournables des deux grandes villes d’Irlande du Nord. Une vraie culture populaire qui montre des combattants armés ou les visages de « martyrs » célèbres.
De nos jours, les artistes n’ont pas cessé leur travail mais utilisent leur art pour défendre d’autres causes comme celle des Palestiniens.
A Londonderry, au Free Derry Museum, affiches, scènes d’émeutes et croix à la mémoire des victimes donnent à ce lieu ouvert en 2006 une forte charge émotionnelle. Des vitrines exposent même les vêtements ensanglantés d’irlandais tués par l’armée britannique. Le Free Derry Museum est situé en plein coeur du quartier du Bogside où s’est déroulé le fameux « Bloody Sunday », le 30 janvier 1972.
Des sensations glaçantes attendent ceux qui visitent la prison de Crumlin Road achevée en 1845 à Belfast. Pendant les troubles, elle a accueilli des prisonniers des deux camps comme l’ancien premier ministre nord irlandais Ian Paisley (unioniste) ou Gerry Adams le chef du Sinn Féin, le parti républicain. L’établissement pénitencier est désaffecté mais son imposante architecture victorienne, ses longues coursives et ses sinistres cellules n’ont rien perdu de leur intensité oppressive.
Le tourisme politique s’est développé en Irlande du Nord sous la pression des touristes qui voulaient voir les traces du conflit et mieux le comprendre. Ces demandes ont permis de créer des emplois et une offre culturelle. Derrière la transmission des convictions des uns et des autres se profile aussi un enjeu économique pour des quartiers défavorisés.
Ce tourisme particulier contribue également au dialogue nécessaire entre les deux camps. Belfast et Londonderry sont des villes encore très divisées. Des murs séparent toujours les deux communautés. Dans la capitale, les associations Epic et Coiste s’efforcent malgré tout de se tendre la main en regroupant certaines de leurs visites et en travaillant ensemble.
Renseignements Pratiques :
Se rendre en Irlande du Nord :
Les deux aéroports de Belfast accueillent des vols directs (annuels ou saisonniers) en provenance de Paris, Berlin, Munich, Genève, Prague, Amsterdam, Rome, Milan, Barcelone, Malaga et Cracovie entre autre.
Une compagnie propose aussi un vol New-York/Belfast.
La capitale d’Irlande du Nord est également reliée plusieurs fois par jours à Londres et aux principales villes anglaises.
A voir, faire ou visiter :
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A Lire :
Eureka Street, roman de Robert Mac Liam Wilson.
Pour se plonger dans l’atmosphère de Belfast au cœur des Troubles. Editions 10.18
Lost Lives : The Stories of the Men, Women and Children Who Died Through the Northern Ireland Troubles. Cette somme de 1600 pages rédigée par quatre journalistes est un document de référence qui retrace la vie de chaque personne qui a perdu la vie dans le conflit nord irlandais. Incontournable mais en anglais uniquement. Mainstream Publishing.
En quelques mots
Voyager est un art pluriel. Chacun le conçoit avec ses propres images, ses propres rêves, ses propres attentes. Il y a un monde entre un « voyage organisé » et une longue pérégrination solitaire. Un monde qu’on tente de réunir en proposant à nos auditeurs, lecteurs et internautes de partir avec nous sur des chemins de cultures, de découvertes, de rencontres... Sans à priori, curieux et avides de partage pour mieux connaître la planète. On trouve ici nos émissions, des bonus, nos humeurs, des photos, des films... un simple rendez-vous des voyageurs!
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